L’adolescence est une période de mutation importante du corps et de construction de l’identité. C’est aussi un moment où l’individu commence à définir son propre rapport à la nourriture, entre recherche d’autonomie, influence des pairs, pression sociale et environnement numérique.
Les études récentes montrent que les comportements alimentaires des adolescents restent fragiles : alimentation déséquilibrée, repas déstructurés, grignotages, exposition à la « malbouffe » et à la restauration rapide, avec en toile de fond une augmentation du surpoids, de l’obésité et des troubles du comportement alimentaire.
Comportements alimentaires des adolescents aujourd’hui
Des habitudes qui se dégradent avec l’âge
Les enquêtes nationales (INCA3, rapports du Haut Conseil de la santé publique) montrent que, en grandissant, les adolescents ont tendance à perdre certaines habitudes protectrices de l’enfance, comme le petit‑déjeuner quotidien ou la consommation régulière de fruits et légumes.
On observe notamment :
- Petit‑déjeuner moins fréquent : la proportion de jeunes qui ne prennent pas de petit‑déjeuner régulièrement augmente avec l’âge, en lien avec les réveils tardifs, la fatigue (liée aussi au coucher tardif et possiblement aux écrans), le manque de temps ou la désorganisation des rythmes.
- Repas déstructurés : repas pris rapidement, parfois seuls, souvent devant un écran, avec une part croissante de repas pris hors domicile (cantine, fast‑food, snacking).
- Grignotages fréquents : liés à l’ennui, au stress, à la fatigue ou à des repas insuffisamment complets, avec une forte présence de produits sucrés et gras (biscuits, barres, chips, sodas).
Une place importante des aliments ultra‑transformés
Le rapport du Haut Conseil de la santé publique sur l’évolution de la santé des adolescents souligne la place grandissante des aliments ultra‑transformés et de la restauration rapide dans l’alimentation des jeunes : snacks, pizzas, burgers, sodas, produits sucrés, plats préparés.
Ces produits sont souvent :
- riches en calories, graisses, sucre et sel
- pauvres en fibres, vitamines et minéraux
- fortement marketés auprès des adolescents
Fruits, légumes et produits de base : encore insuffisants
Les données INCA3 et les synthèses récentes montrent que la consommation de fruits et légumes reste insuffisante chez les adolescents, tandis que les produits sucrés et les boissons sucrées sont consommés quotidiennement par une part importante d’entre eux.
Les recommandations (au moins 5 portions de fruits et légumes par jour) sont rarement atteintes, ce qui contribue à des apports insuffisants en fibres, vitamines et minéraux.
Image du corps, minceur et troubles alimentaires
Les études montrent une pression croissante autour de la minceur, particulièrement chez les filles, avec :
- une insatisfaction corporelle fréquente
- des régimes restrictifs non encadrés
- des comportements alimentaires à risque (saut de repas, restriction, compulsions)
Ces comportements peuvent conduire à des carences, à une malnutrition et à des troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, hyperphagie), tandis que certains garçons se perçoivent « trop maigres » et cherchent à augmenter leur masse musculaire par des apports excessifs ou des compléments inadaptés.
Il est essentiel de rassurer les familles sur les modifications corporelles normales de l’adolescence et d’éviter des mesures alimentaires extrêmes ou culpabilisantes.
Besoins nutritionnels spécifiques à l’adolescence
L’adolescence est une période de croissance rapide, de remaniement hormonal et de construction du capital osseux et musculaire. Les besoins énergétiques et nutritionnels augmentent, avec des spécificités selon le sexe et l’âge.
Énergie
Les besoins énergétiques augmentent :
- chez les filles, principalement entre 10 et 13 ans
- chez les garçons, entre 13 et 18 ans
Ils dépendent du niveau d’activité physique, du poids, de la taille et du stade pubertaire. Une alimentation trop riche en calories mais pauvre en nutriments (aliments ultra‑transformés) peut conduire à un surpoids avec carences.
Calcium et vitamine D : capital osseux
L’adolescence est une période clé pour la minéralisation du squelette. Un bon capital osseux réduit le risque d’ostéoporose plus tard dans la vie.
- Les besoins en calcium sont élevés (environ 1200 mg/j), et de nombreuses études montrent qu’ils ne sont pas couverts chez une grande partie des adolescents, en particulier les filles.
- La vitamine D est indispensable à la fixation du calcium. Elle est apportée par l’alimentation (poissons gras, produits laitiers enrichis, œufs) et surtout par l’exposition au soleil.
Sources de calcium et vitamine D :
- produits laitiers (lait, yaourt, fromage)
- légumes feuilles (épinards, choux)
- légumineuses (lentilles, haricots secs, pois)
- eaux minérales riches en calcium
- poissons gras (saumon, sardine, maquereau)
Fer : vigilance particulière chez les filles
Les besoins en fer augmentent à l’adolescence, notamment chez les filles en raison des pertes menstruelles.
- Besoins estimés : environ 16 mg/j chez les filles, 13 mg/j chez les garçons
- En France, une part importante des adolescentes a des apports insuffisants en fer, ce qui peut entraîner anémie, fatigue chronique, baisse de la concentration et de la performance scolaire.
Sources de fer :
- viandes (en particulier les viandes rouges)
- abats
- fruits de mer
- légumineuses
- certains légumes et produits céréaliers enrichis
Recommandations pour une alimentation équilibrée à l’adolescence
Mettre en œuvre des recommandations nutritionnelles à l’adolescence est complexe : désir d’autonomie, rythmes scolaires, vie sociale, écrans, pression de l’image. Une communication adaptée, non culpabilisante, est indispensable pour que les conseils soient compris et acceptés.
Structurer les repas
- Prendre de vrais repas à intervalles réguliers (petit‑déjeuner, déjeuner, dîner, éventuellement collation)
- Éviter de manger devant la télévision, l’ordinateur ou le téléphone
- Limiter les repas pris sur le pouce ou uniquement sous forme de snacks
Favoriser les aliments de base
- Consommer suffisamment de féculents, légumineuses, céréales complètes
- Augmenter la consommation de légumes et fruits (objectif : 5 portions par jour)
- Intégrer des produits laitiers pour le calcium, en restant attentif aux desserts très sucrés
- Consommer régulièrement des poissons, notamment gras, pour les oméga‑3 et la vitamine D
Limiter les produits gras et sucrés
- Réduire les sodas, boissons sucrées et boissons édulcorées
- Limiter les produits très gras (sauces, mayonnaise, nuggets, cordons bleus, snacks)
- Éviter de dépasser 1 portion de produits sucrés par jour
- Ne pas recourir systématiquement aux édulcorants, qui entretiennent le goût pour le sucré
Encadrer le fast‑food
Le fast‑food est apprécié des adolescents : rapide, bon marché, convivial. Mais il est souvent très riche en calories, graisses, sucre et sel. L’objectif n’est pas de l’interdire, mais de limiter la fréquence (par exemple 1 à 2 repas par semaine) et de faire des choix plus équilibrés (boissons non sucrées, portions raisonnables, ajout de légumes).
Ne pas négliger le petit‑déjeuner et les collations
- Le petit‑déjeuner redonne au corps l’énergie nécessaire pour la matinée et limite les fringales.
- Pour les collations (10 h, goûter), privilégier :
- une boisson non sucrée (eau, tisane, lait nature)
- un fruit
- un produit céréalier (pain, biscotte, céréales peu sucrées)
Le rôle des familles et des professionnels
L’alimentation participe à la réassurance de l’adolescent lorsqu’elle est partagée en famille, à la découverte lorsqu’elle est vécue entre amis, et au maintien de la santé lorsqu’elle est équilibrée.
Les adolescents ne sont pas uniquement adeptes de la « malbouffe » : ils restent attachés aux valeurs familiales, mais ont besoin :
- d’être accompagnés,
- de recevoir des conseils simples, applicables au quotidien,
- de ne pas être confrontés à des interdits absolus (un fast‑food occasionnel reste possible).
L’obésité infanto‑juvénile et les troubles du comportement alimentaire constituent une problématique importante, qui nécessite un accompagnement des familles, des professionnels de santé, de l’éducation et du social.
Pour aller plus loin
N’hésitez pas à prendre contact avec nous, pour des conseils et de la mise en relation avec un professionnel de santé adapté ou auprès de nos structures partenaires proches de chez vous !
Sources : Penser Santé, INCA3, HASP et Ministère de la Santé







